Marchés et économie L’instabilité géopolitique se poursuit à l’aube de la nouvelle année
Dans le monde entier, les marchés ont gagné du terrain l’an dernier, malgré l’incertitude géopolitique, une tendance qui, selon moi, devrait se poursuivre.
Les propos rassurants de la Réserve fédérale américaine et le rapport sur l'emploi aux États-Unis en deçà des attentes ont renforcé les arguments en faveur d'une baisse prochaine des taux d'intérêt.
Assistons-nous au « ralentissement économique » nécessaire pour maîtriser complètement l'inflation ou assistons-nous au début d'un ralentissement beaucoup plus substantiel?
Il faut savoir que le prix du cuivre est en hausse depuis la mi-février, malgré une brève baisse au début de la semaine dernière, ce qui laisse supposer que l'économie mondiale se porte mieux.
La semaine dernière a marqué un tournant important pour les observateurs du marché américain. L'indice américain du coût de l'emploi, plus élevé que prévu, a accentué l'inquiétude entourant la réunion de la Réserve fédérale américaine (Fed), parce que les investisseurs craignaient de plus en plus que la prochaine décision de la Fed soit une hausse de taux afin de lutter contre l’inflation tenace. Sans grande surprise, les actions ont chuté et les taux obligataires ont augmenté. Puis, le proverbial barrage s'est rompu lorsque la Fed s'est montrée plus accommodante que prévu dans son communiqué et sa conférence de presse.
À sa réunion du 1er mai, la Fed a souligné un manque de progrès en matière de désinflation ces derniers mois, mais a indiqué qu'elle serait patiente. Elle a également souligné les progrès incroyables réalisés au chapitre de la désinflation au cours de la dernière année.
De plus, lorsqu'on lui a posé des questions sur la possibilité d'une hausse de taux, le président du conseil de la Fed, Jay Powell, l'a écartée, la qualifiant d'improbable. Par ailleurs, quand on lui a demandé si les États-Unis étaient en situation de stagflation, M. Powell a insisté sur le fait que ce n'était pas le cas. Enfin, la Fed a également déclaré qu'elle ralentirait le rythme de réduction de son bilan.
Ainsi, les investisseurs ont immédiatement réévalué leurs attentes en matière de taux d'intérêt pour l'année. L'indice S&P 500 a augmenté après l'annonce et encore plus après le début de la conférence de presse. Je crois que cela dénote la réflexion et la perspective dosée de la Fed, qui ne réagit pas exagérément aux récentes données décevantes sur l'inflation.
La conférence de presse a été suivie, plus tard dans la semaine, par un sondage sur les postes à pourvoir et le roulement de personnel (Job Openings and Labor Turnover Survey ou rapport JOLTS) qui a révélé que le nombre de postes à combler et le taux de démission ont diminué, signe d'un relâchement de la tension sur le marché du travail.
Ce sondage a été suivi par un rapport sur l'emploi aux États-Unis qui a donné un signal encore plus fort de ralentissement du marché du travail, renforçant ainsi les arguments en faveur d'une baisse des taux d'intérêt. Le nombre d'emplois non agricoles a été largement inférieur aux attentes, avec 175 000 emplois créés en avril.1 Cependant, l'élément le plus important du rapport est le salaire horaire moyen, qui s'est révélé inférieur aux attentes, en hausse de seulement 0,2 % pour le mois et de 3,9 % sur douze mois.1
Les marchés se sont réjouis. Le taux des bons du Trésor américain à deux ans a beaucoup fluctué tout au long de la semaine, passant d'un pic de plus de 5 % en début de semaine à 4,8 % à la fin de la semaine.2 Le taux des bons du Trésor américain à 10 ans a suivi une tendance similaire, atteignant un sommet de 4,68 % en début de semaine, pour clôturer à 4,5 % à la fin de la semaine.2 L'indice S&P 500 a chuté en début de semaine, puis s’est redressé vers la fin de la semaine, à mesure que les taux obligataires diminuaient.
La semaine dernière, des signes de désinflation ont également été observés dans la zone euro. L'estimation préliminaire du taux d'inflation pour le mois d'avril dans la zone euro s’élevait à 2,4 %.3 Le taux d'inflation excluant les aliments et l'énergie s’établissait à 2,8 %, en baisse par rapport à 3,1 % en mars et à 3,3 % en février.3 Sans grande surprise, l'indice Stoxx Europe 600 a connu la semaine dernière une évolution similaire à celle de l'indice S&P 500.
La semaine dernière a semblé confirmer l'idée que le discours a changé, que nous sommes toujours « dans le train de la désinflation » parce que les économies développées occidentales ralentissent suffisamment. Comme je l'ai déjà dit, je suis persuadée que nous sommes toujours dans le « train D ».Par contre, je ne peux m'empêcher de m'inquiéter des effets à long terme et variables du resserrement de la politique monétaire. Assistons-nous au « ralentissement économique » nécessaire pour maîtriser complètement l'inflation ou assistons-nous au début d'un ralentissement marqué? Je me reporte à de récentes données, telles que ces indices des gestionnaires en approvisionnement (PMI) :
Je serai vigilante, compte tenu de l'ampleur du resserrement de la politique monétaire de la Fed et de la durée pendant laquelle elle a laissé les taux au pic tout au long de ce cycle de resserrement. Nous aimerions tous que ce cycle de resserrement ressemble à celui de la Fed en 1994-1995 et qu’une récession puisse être évitée. Or, lors de ce cycle de resserrement, seulement cinq mois s'étaient écoulés entre la fin des hausses de taux et le début des baisses de taux.7 Cette fois-ci, les hausses de taux ont pris fin en juillet 2023 et nous attendons toujours une première baisse de taux; les dégâts pourraient donc être bien plus importants.
Et, bien sûr, le resserrement est beaucoup plus prononcé cette fois-ci en termes absolus, soit 500 points de base contre 300 lors du cycle de resserrement de 1994-1995.7 C'est pourquoi je suis très sensible à toutes les données et informations anecdotiques qui montrent que la situation économique se détériore rapidement. À l'heure actuelle, je crois qu'il est beaucoup plus probable que nous assistions au type de ralentissement économique souhaité par la Fed, mais je suis consciente des risques.
La bonne nouvelle est que les perspectives de croissance mondiale semblent s’améliorer. La semaine dernière, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a mis à jour ses perspectives mondiales. Elle a révisé à la hausse ses prévisions de croissance mondiale pour 2024 à 3,1 % (contre 2,9 % dans ses prévisions précédentes en février) et ses prévisions pour 2025 à 3,2 % (contre 3 % dans ses dernières prévisions).8 Il convient de noter que l'OCDE a révisé à la hausse ses prévisions de croissance pour les États-Unis et la Chine.
Il n'y a pas que l'OCDE. « Dr Cuivre », autrement dit le prix du cuivre, semble abonder dans le même sens. Les observateurs du marché considèrent depuis longtemps le prix du cuivre comme un indicateur de la santé de l'économie mondiale, en particulier de la Chine. En effet, le cuivre est une matière première fondamentale utilisée dans de nombreux secteurs et produits. L'augmentation de la demande de cuivre indique que la croissance économique est en hausse parce que des choses sont construites et fabriquées. Le prix du cuivre est en hausse depuis la mi-février, malgré une brève, mais forte, baisse la semaine dernière, suivie d’une remontée vers la fin de la semaine, ce qui laisse supposer que l'économie mondiale se porte mieux. Je soupçonne que les actions mondiales de sociétés à petite capitalisation vont amorcer un redressement durable si d'autres signes de reprise économique se manifestent.
Cette semaine, nous connaîtrons les décisions de deux grandes banques centrales : la Banque de réserve d'Australie (RBA) et la Banque d'Angleterre. Les investisseurs craignent de plus en plus que la RBA relève ses taux à sa prochaine réunion, mais, à mon avis, c'est très peu probable; je m'attends plutôt à ce qu'elle se montre très belliciste, car elle utilise la parole en guise d’outil de politique monétaire.
Je m’intéresse plus particulièrement à la Banque d’Angleterre. La Banque d’Angleterre adopte un ton de plus en plus accommodant et je ne serais pas étonnée qu'elle abaisse ses taux à sa prochaine réunion, surtout à la lumière des propos accommodants de la Fed la semaine dernière. S'il n'y a pas de baisse de taux cette semaine, je m'attends à ce que la Banque d’Angleterre se montre accommodante et signale que les baisses de taux pourraient commencer cet été, très probablement en juin, comme le signale la Banque centrale européenne.
Je vais aussi m'intéresser à un certain nombre de données qui seront publiées cette semaine, notamment le rapport sur l'emploi d'avril au Canada, pour voir s'il y a un relâchement similaire sur le marché du travail, en particulier en matière de croissance des salaires. Et, bien sûr, les anticipations d'inflation mesurées par l'Université du Michigan sont une donnée incontournable pour moi, simplement pour m'assurer que les anticipations d’inflation demeurent bien ancrées. Le produit intérieur brut, la production industrielle et les investissements des entreprises au Royaume-Uni sont également des données importantes.
Date |
Rapport |
Ce qu'il nous dit |
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6 mai |
US Loan Officer Survey (sondage auprès des responsables du crédit aux États-Unis) |
Suit l'évolution des normes, des conditions et de la demande de prêts bancaires aux entreprises et aux ménages au cours des trois derniers mois. |
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Ventes au détail de l’Australie |
Sondent la demande des consommateurs. |
7 mai |
Décision de politique monétaire de la Banque de réserve d’Australie
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Révèle la plus récente décision concernant la trajectoire des taux d'intérêt. |
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Ventes au détail de la zone euro
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Sondent la demande des consommateurs. |
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Crédit à la consommation aux États-Unis |
Fait état de l'encours des prêts accordés aux particuliers. |
8 mai |
Production industrielle de l’Allemagne |
Donne une indication de la santé économique du secteur de l’industrie. |
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Résumé des opinions de la Banque du Japon (BdJ)
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Fait état des projections de la BdJ en matière d'inflation et de croissance économique. |
9 mai |
Décision de politique monétaire de la Banque d’Angleterre |
Révèle la plus récente décision concernant la trajectoire des taux d'intérêt. |
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Dépenses des ménages japonais
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Mesure la variation de la valeur des dépenses des ménages japonais. |
10 mai |
Dépenses d’investissement des entreprises du Royaume-Uni |
Estimations des indicateurs à court terme des investissements dans des actifs non financiers; des investissements des entreprises et de la ventilation par actif et par secteur de la formation brute totale de capital fixe. |
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Production industrielle du Royaume-Uni |
Donne une indication de la santé économique du secteur de l’industrie. |
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PIB (produit intérieur brut) du Royaume-Uni |
Mesure l’activité économique d’une région. |
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Rapport sur l’emploi au Canada |
Donne une indication de la santé du marché du travail. |
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Sondage de l’Université du Michigan sur les attentes des consommateurs
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Analyse les attentes en matière d’économie et de dépenses personnelles des consommateurs américains. |
Source : US Bureau of Labor Statistics, 3 mai 2024
Source : Bloomberg, 3 mai 2024
Source : Eurostat, 30 avril 2024
Source : Institute for Supply Management, 30 avril 2024
Source : ISM-Chicago, Inc., 30 avril 2024
Source : Conference Board, 30 avril 2024
Source : Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine
Source : OCDE, 2 mai 2024
Dans le monde entier, les marchés ont gagné du terrain l’an dernier, malgré l’incertitude géopolitique, une tendance qui, selon moi, devrait se poursuivre.
La tendance croissante au conservatisme budgétaire, l’importance soutenue de la politique monétaire, l’intensification des risques géopolitiques et l’innovation technologique pourraient dicter l’orientation des marchés mondiaux au cours de la nouvelle année.
La déréglementation et les baisses d’impôt pourraient stimuler la croissance de l’économie et du marché américains, tandis que les droits de douane et les restrictions en matière d’immigration pourraient poser des défis.
Renseignements importants
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Image: Bill Varie / Getty
Certaines références se rapportent aux États-Unis et peuvent ne pas s’appliquer au Canada.
Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.
Les rendements passés ne sont pas indicatifs des résultats futurs.
Il est impossible d’investir directement dans un indice.
Il ne s’agit pas d’une recommandation d’une stratégie de placement ou d’un produit pour un investisseur en particulier. Les investisseurs devraient toujours consulter leur conseiller financier avant de prendre des décisions de placement.
En règle générale, les cours des actions fluctuent, parfois même considérablement, en réaction aux activités de la société émettrice, ainsi qu’à la conjoncture des marchés en général, à la situation économique et au climat politique.
Les risques d’investir dans des titres d’émetteurs étrangers, y compris ceux des marchés émergents, peuvent inclure la fluctuation des devises étrangères, l’instabilité politique et économique et les problèmes liés à l’imposition étrangère.
Les titres à revenu fixe sont exposés au risque de crédit de l’émetteur et aux retombées des fluctuations de taux d’intérêt. De manière générale, les cours des obligations baissent lorsque les taux d’intérêt augmentent, et vice versa; c’est ce que l’on appelle le risque de taux d’intérêt. Un émetteur peut être incapable de rembourser les intérêts ou le capital de ses emprunts, ou les deux, ce qui fait chuter la valeur de ses titres de créance et abaisse sa note de crédit.
Les actions de petites et moyennes entreprises sont habituellement plus vulnérables aux événements défavorables, peuvent être plus volatiles et illiquides ou faire l’objet de restrictions à la revente.
Les placements dans des sociétés établies dans la Chine élargie ou qui exercent une partie de leurs activités dans cette région comportent les risques suivants : la nationalisation, l’expropriation ou la confiscation de biens, la difficulté à obtenir et à assurer l’exécution d’un jugement, ou les deux, la modification ou l’abandon des réformes économiques, les conflits armés et la dépendance de la Chine à l’égard des économies des autres pays asiatiques, dont beaucoup sont des pays en voie de développement.
L'inflation est le taux auquel le niveau général des prix des biens et services augmente.
L'indice du coût de l'emploi (ICE) est une série économique trimestrielle du US Bureau of Labor Statistics qui mesure la croissance de la rémunération totale des salariés.
Le rendement correspond aux distributions de revenu d’un placement.
Le Federal Open Market Committee (FOMC) est un comité du conseil d’administration de la Fed composé de 12 membres qui se réunissent régulièrement pour établir la politique monétaire, y compris les taux d’intérêt perçus des banques.
Le terme « accommodante » désigne une perspective économique qui soutient généralement des taux d'intérêt bas afin de stimuler la croissance économique.
Un ton belliciste favorise des taux d'intérêt relativement plus élevés si nécessaire pour maîtriser l'inflation.
La désinflation, ralentissement du taux d'inflation des prix, désigne les situations où le taux d'inflation a légèrement diminué à court terme.
La stagflation est une conjoncture économique caractérisée par une combinaison de faible croissance économique et de hausse des prix.
Une occasion de réévaluation est un changement de conjoncture qui permet de réévaluer un placement.
L’indice S&P 500® est un indice non géré considéré comme étant représentatif du marché boursier américain.
L’indice STOXX® Europe 600 représente les sociétés à petite, moyenne et grande capitalisations de 17 pays de la région européenne.
Un point de base représente un centième d’un point de pourcentage.
L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est un forum unique où les gouvernements de 37 démocraties dotées d'une économie de marché collaborent à l'élaboration de normes politiques visant à promouvoir une croissance économique durable.
Une estimation préliminaire est une publication de données économiques préliminaires, généralement diffusée avant la publication des données officielles.
Les indices des gestionnaires en approvisionnement (PMI) reposent sur des sondages mensuels menés auprès des entreprises du monde entier et évaluent la conjoncture économique dans les secteurs manufacturier et tertiaire.
Le sondage sur les postes à pourvoir et le roulement de personnel (Job Openings and Labor Turnover Survey ou JOLTS) est un rapport mensuel publié par le US Bureau of Labor Statistics qui recueille des données auprès des employeurs afin de mesurer les offres d'emploi, les nouvelles embauches, le nombre d'employés qui ont démissionné ou ont été licenciés, ainsi que d'autres formes de rotation des effectifs.
La zone euro (parfois appelée euroland) est une union économique et monétaire qui regroupe les États membres de l'Union européenne qui ont adopté l'euro comme devise commune.
Les banques centrales peuvent resserrer leur politique monétaire pour contenir l'inflation.
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 6 mai 2024. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.
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