Plus de la moitié du premier trimestre est derrière nous, et l’afflux d’actualités suscite un nombre croissant de questions de la part des clients. La montée des actions chinoises, les craintes liées à l’inflation aux États-Unis et l’évolution des taux des obligations du Trésor américain à 10 ans sont des points clés que nous suivrons de près pour la seconde moitié du premier trimestre et au-delà.
Actions chinoises
Les actions chinoises ont connu une hausse cette année, poursuivant leur solide performance amorcée plus tard en 20241. En date du 14 février, l’indice MSCI Chine a progressé de 13,9 %, surpassant nettement le gain de 4,4 % de l’indice MSCI États-Unis2.
L’un des premiers catalyseurs de la remontée de l’an dernier a été les importantes mesures de relance des décideurs chinois. Au cours des dernières semaines, la remontée a été largement alimentée par l’enthousiasme suscité par les avancées de l’intelligence artificielle (IA) de DeepSeek. Mon collègue Raymond Ma a fait valoir que les divers avantages de DeepSeek – efficacité accrue, économies de coûts, puissance informatique accrue et barrières beaucoup plus faibles pour l’utilisation de l’IA dans divers secteurs – pourraient avantager de nombreuses sociétés chinoises et entraîner une réévaluation des actions chinoises. Je suis tout à fait d’accord.
Et ce n’est pas seulement DeepSeek. C’est aussi grâce à des sociétés comme BYD que l’industrie des véhicules électriques a connu un tournant majeur. Les sociétés chinoises gravissent les échelons de la chaîne de valeur ajoutée et offrent des produits très concurrentiels dans certains secteurs. Les actions chinoises affichent des valorisations attrayantes depuis des années, mais l’apparition de ces catalyseurs importants a changé la donne. Les actions chinoises, en particulier celles du secteur technologique, pourraient avoir un fort potentiel de croissance, à mon avis.
Prévisions inflationnistes aux États-Unis
La reprise de l’inflation aux États-Unis suscite de plus en plus d’inquiétudes. Les attentes à l’égard de l’inflation sont un moyen d’évaluer ce risque. Il en existe deux sortes : fondées sur les sondages et fondées sur le marché.
Fondées sur les sondages. Plusieurs sondages montrent les attentes des consommateurs face à l’inflation future. Cela est important parce que la Réserve fédérale (Fed) porte attention à ces sondages et a la réputation d’y donner suite. Comme je l’ai déjà mentionné, l’enquête menée par l’Université du Michigan auprès des consommateurs a fait bondir les anticipations inflationnistes des consommateurs. L’enquête menée par la Réserve fédérale de New York sur les attentes des consommateurs n’a pas montré de forte hausse, puisque les attentes d’inflation pour janvier sont restées à 3,0 % pour les horizons d’un an et de trois ans3. Cependant, les attentes d’inflation pour cinq ans ont augmenté de 0,3 point de pourcentage pour atteindre 3,0 %, ce qui est significatif. Il en va de même pour les attentes d’inflation des consommateurs du Conference Board. Pour un horizon d’un an, elles sont passées de 5,1 % en décembre à 5,3 % en janvier4.
Les attentes des consommateurs à l’égard de l’inflation sont particulièrement importantes, car elles peuvent devenir une prophétie autoréalisatrice. Si un consommateur s’attend à ce que les prix augmentent suffisamment au cours de la prochaine année, il est probable qu’il achètera un article maintenant, ce qui contribuera à faire grimper le prix de l’article en raison de la demande accrue pour celui-ci.
Fondées sur le marché. Un indicateur clé est l’écart entre les taux des titres du Trésor protégés contre l’inflation (TIPS) et ceux des titres du Trésor de même échéance, ce qu’on appelle le taux neutre de l’inflation. L’inflation neutre sur cinq ans a fortement augmenté au cours des derniers mois, passant de 1,86 % le 6 septembre 2024 (au moment où le président américain Donald Trump a commencé à grimper dans les sondages) à 2,62 % vendredi5.
Nous voudrons porter une attention particulière aux attentes du marché en matière d’inflation et à celles des consommateurs, car elles sont importantes pour la Fed. En juin 2022, par exemple, la Fed a indiqué, avant la réunion du Federal Open Market Committee, qu’elle relèverait probablement les taux de 50 points de base, puis elle a surpris les marchés en relevant les taux de 75 points de base. Lorsqu’on lui a demandé en conférence de presse ce qui avait modifié la trajectoire de la Fed, le président Jay Powell a déclaré que quelques données récentes avaient influencé la décision de la Fed, y compris l’indice des prix à la consommation et les attentes à l’égard de l’inflation de l’Université du Michigan. Donc, surtout que certains investisseurs craignent que la Fed fasse une pause cette année – ou même qu’elle relève les taux –, il est important pour nous de porter attention aux prévisions inflationnistes pour obtenir des indices sur ce qui s’en vient.
Taux des obligations du Trésor américain à 10 ans
Le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans a suscité beaucoup d’intérêt cette année, et beaucoup se demandent s’il atteindra le seuil psychologique perturbant de 5 %. L’intérêt pour celui-ci n’a augmenté que depuis que le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a indiqué que l’administration Trump se concentrera sur la réduction du taux des obligations à 10 ans plutôt que sur les mesures visant à pousser la Fed à réduire les taux à court terme. La semaine dernière, Trump a semblé exprimer une opinion similaire en déclarant : « Les taux d’intérêt devraient être abaissés, ce qui irait de pair avec les futurs tarifs douaniers!!! Allons-y, l’Amérique!!!6 »
Comme je l’ai déjà dit, je ne crois pas que le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans augmentera beaucoup, à moins qu’il y ait une reprise de l’inflation ou que les préoccupations à l’égard du déficit budgétaire ne s’intensifient et que le vigilantisme obligataire ne s’installe. Cela dépendra bien sûr du programme politique et de l’exécution de l’administration Trump. L’accent a certainement été mis sur la réduction des coûts, mais celle-ci diffère considérablement de l’approche de la commission Simpson-Bowles. Jusqu’ici, les investisseurs semblent à l’aise avec la stratégie actuelle, même si je constate un certain scepticisme quant aux sommes qui seront réellement épargnées. Nous pourrions également observer une nervosité accrue à l’égard des dépenses budgétaires lorsque les efforts pour relever le plafond de la dette de 4 000 milliards de dollars retiendront l’attention.
Cela dit, selon mon scénario de base, le taux à 10 ans ne dépassera pas 5 % cette année. Je crois toutefois que le taux connaîtra une certaine volatilité en raison de l’incertitude accrue. Je pense qu’il pourrait y avoir des périodes où les préoccupations à l’égard des déficits budgétaires font grimper le taux, mais pas de façon spectaculaire. Nous voulons suivre de près le taux des obligations du Trésor à 10 ans, car il a historiquement eu une incidence importante sur les actions, les actions à plus forte valorisation subissant habituellement des pressions lorsque le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans a augmenté.
Fissures dans l’économie américaine
Une récession n’est certainement pas mon scénario de base pour 2025. Cependant, nous avons toujours affirmé, depuis le début du cycle de resserrement agressif de la Fed, qu’il est essentiel d’examiner attentivement tout signe indiquant que ce resserrement a eu une incidence significative sur l’économie américaine. Jusqu’ici, cela ne s’est pas produit. Toutefois, des mises à pied massives de travailleurs fédéraux ont commencé et certaines sociétés très médiatisées ont annoncé d’importantes mises à pied. Cela pourrait être un problème important pour l’économie, étant donné que le président de la Fed, M. Powell, s’est déjà inquiété de la faible croissance de l’emploi advenant une augmentation des mises à pied.
Nous suivrons la situation de près, d’autant plus que la confiance des consommateurs a récemment diminué. Je pense qu’il est important de noter plusieurs conclusions de la plus récente enquête de la Fed de New York auprès des consommateurs. Tout d’abord, la croissance médiane des dépenses des ménages a atteint son plus bas niveau depuis janvier 2021. L’enquête a montré que la probabilité perçue moyenne de perdre son emploi au cours des 12 prochains mois a augmenté de 2,3 points de pourcentage pour s’établir à 14,2 % en janvier7.
Le prix de l’or
L’or s’est redressé depuis le début de l’année, atteignant de nouveaux sommets8. Cette remontée à long terme se poursuit et a été alimentée par plusieurs facteurs. L’incertitude géopolitique – alimentée par les craintes d’une guerre tarifaire aux États-Unis – a stimulé la demande pour les qualités de valeur refuge de l’or. Parmi les autres facteurs qui stimulent la demande, mentionnons les préoccupations à l’égard des dépenses budgétaires excessives aux États-Unis, les achats insensibles aux prix par les banques centrales et plus de moyens pour les investisseurs d’acheter de l’or. Aux États-Unis, Costco a commencé à vendre des lingots d’or physiques à ses clients en 2023; Wells Fargo a estimé en avril 2024 que Costco vendait jusqu’à 200 millions de dollars de lingots d’or chaque mois9. Un nouveau FNB aurifère a récemment été lancé en Inde, et les autorités chinoises permettent maintenant aux compagnies d’assurance d’investir dans l’or.
Bien entendu, les prix de l’or pourraient diminuer si les banques centrales commencent à acheter moins ou si un accord de paix porte ses fruits en Ukraine. Mais de mon point de vue, la tendance des prix de l’or est probablement à la hausse, étant donné que l’Union européenne pourrait se sentir menacée et que la perception du risque géopolitique pourrait même augmenter si un accord de paix était négocié exclusivement entre les États-Unis et la Russie.
L’orientation du marché boursier
Un certain nombre de clients se sont émerveillés par le courage des investisseurs boursiers, qui ont fait fi du tumulte aux États-Unis et qui continuent de faire grimper les actions. Ils murmurent : « Quand le marché boursier va-t-il enfin perdre pied et s’effondrer? »
La réponse est : Nous ne savons pas. Le marché boursier a l’habitude d’ignorer les risques, puis d’y réagir soudainement de façon assez spectaculaire – nous l’avons déjà vu lorsqu’il s’agit de valorisations élevées. Toutefois, pour ceux qui ont un horizon de placement à long terme, cela n’a pas d’importance – il s’agit de garder le cap. En fait, l’indice de confiance haussier/baissier de l’AAII, généralement considéré comme un indicateur à contre-courant, donne à penser qu’une remontée des actions américaines pourrait prendre de l’ampleur. Le pessimisme est passé de 29,4 % immédiatement après l’investiture présidentielle américaine à 47,3 % la semaine dernière. L’optimisme est exceptionnellement élevé, bien au-dessus de sa moyenne historique de 31,0 %10. Il faut remonter au 2 novembre 2023 pour trouver un sentiment baissier plus fort, qui s’élevait alors à 50,3 %10. Fait intéressant, à la fin d’octobre 2023, le marché boursier a amorcé une forte remontée11.
Corrélations par paires
Nous avons observé une diminution importante des corrélations par paires pour l’indice S&P 500. Les corrélations par paires sont une mesure de la corrélation étroite entre les actions individuelles au sein d’un indice; autrement dit, elles indiquent dans quelle mesure les actions évoluent en parallèle.
En règle générale, les corrélations par paires plus élevées indiquent que les occasions de sélection de titres sont moins nombreuses. En revanche, une diminution des corrélations par paires donne à penser que le moment est peut-être bien choisi pour sélectionner des titres. Comme l’a souligné Standard & Poor’s, « les corrélations au sein des marchés boursiers et entre les marchés se sont maintenues près de creux historiques et les effets de diversification connexes ont joué un rôle important dans l’atténuation de la volatilité réalisée et implicite de l’indice12. » Cela donne à penser que la gestion active sera de plus en plus importante.
Que nous réserve l’avenir?
Cette semaine, nous aurons encore des bénéfices. Nous aurons également le compte rendu de la réunion du FOMC de janvier et quelques décisions des banques centrales. J’aimerais également consulter l’enquête de l’Université du Michigan, qui sera publiée vendredi.